16.02.2016

Dumping et statut d’économie de marché de la Chine : manifestation historique à Bruxelles

Près de 5 000 salariés et dirigeants sidérurgiques en provenance d’une quinzaine de pays européens, dont le Luxembourg, se sont rassemblés le 15 février dernier à Bruxelles pour faire entendre leur voix contre le dumping et le statut d’économie de marché de la Chine.

L’industrie sidérurgique européenne souffre en effet des effets de prix bas et d’importations déloyales, mettant des dizaines de milliers d’emplois en danger. Il faut en outre réformer le projet de législation sur le système d’échange de quotas d’émission européen qui rendra le coût de production de l’acier en Europe si élevé par rapport à certaines sociétés d’autres pays que ce coût ne sera plus compétitif et que des installations seront obligées de fermer.

La marche à Bruxelles était organisée par l’association européenne de l’acier Eurofer et ses membres, sous la bannière d’Aegis Europe, une alliance d’une trentaine de secteurs industriels, dont la sidérurgie.

En tant qu’entreprise sidérurgique ayant une présence importante en Europe, ArcelorMittal s’est associée à cette marche pour que l’industrie continue à posséder une base de fabrication européenne solide, fière de contribuer au PIB, de fournir des emplois et d’assurer un avenir pour ses salariés et leurs familles. D’où les exigences d’une concurrence loyale et équitable, signifiant que toutes les industries doivent fonctionner sous des conditions et règlements commerciaux et de concurrence identiques, pour que l’acier européen puisse continuer à rivaliser sur la scène mondiale.

Statut d’économie de marché (SEM)

L’Union européenne est actuellement en train de discuter de l’octroi à la Chine du statut d’économie de marché. Le gouvernement chinois estime qu’il a droit à ce statut sur base d’une clause litigieuse dans le protocole d’adhésion de la Chine à l’Organisation mondiale du Commerce.

Si la Chine obtient ce statut, cela signifie qu’il va devenir beaucoup plus difficile de mettre en œuvre des barrières commerciales. La Chine serait donc en mesure d’exporter de l’acier au-dessous de sa valeur sur le marché européen, pratique connue sous le nom de dumping, ce qui conduirait par effet ricochet à une baisse du prix de l’acier en Europe déjà récemment observée.

Si la Chine était véritablement une économie de marché, l’acquisition de ce statut ne poserait pas de problème. Une concurrence équitable fait partie d’un marché sain.

Toutefois, sur les cinq critères qui doivent être remplis pour être considérée comme une économie de marché, la Chine n’en remplit qu’un seul. Il est intéressant par ailleurs de noter que les États-Unis ne considèrent pas la Chine comme une économie de marché et n’envisagent pas de lui octroyer ce statut. Les décideurs politiques de l’Union européenne ne devraient accorder le statut d’économie de marché à la Chine que lorsqu’elle en deviendra vraiment une.

Système communautaire d’échange de quotas d’émission (EU ETS)

La situation est aggravée par le système communautaire d’échange de quotas d’émission européens (EU ETS) dans sa forme actuelle. Il y a nécessité de réduire les émissions de carbone, mais il faut que cela se fasse de manière équitable. Les entreprises sidérurgiques présentes en Europe sont assujetties au système d’échanges d’émissions, mais ce n’est pas le cas pour les entreprises produisant ailleurs et vendant en Europe. Ce système n’atteindra donc pas son objectif de réduction des émissions, mais déplacera juste la production ailleurs - et selon toute vraisemblance loin de l’Europe.

L’industrie sidérurgique européenne est parmi les plus avancées au monde sur le plan technologique. Grâce à des investissements soutenus dans l’innovation, elle a considérablement réduit son impact sur l’environnement : consommation d’énergie et émissions de CO2 ont diminué de moitié au cours des dernières décennies. Elle continue d’ailleurs de travailler dur pour réduire l’empreinte carbone de l’acier, un des matériaux les plus durables au monde.

Un système d’échange de quotas d’émissions efficace devrait récompenser l’innovation dans le domaine de l’acier et non pas conduire à écarter la production d’acier de l’Europe - en particulier lorsque cet acier peut avoir une empreinte carbone plus élevée à laquelle s’ajoute l’expédition et le transport.

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